Produits filmogènes : définition, usages et limites

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Film de peinture continu et protecteur sur un support

Définition approfondie du produit filmogène

Dans l'industrie des revêtements, un produit est dit filmogène lorsqu'il a la capacité de se transformer, après application, en une membrane solide, continue et parfaitement adhérente au support. Cette enveloppe, appelée « film », assure une fonction de barrière physique étanche et protectrice.

Contrairement aux solutions d'imprégnation (huiles, saturateurs) qui migrent au cœur de la matière, le filmogène reste en surface. Ce mécanisme est la base des peintures, vernis et lasures satinées, offrant une protection supérieure contre l'abrasion et les agressions chimiques sur des supports variés : bois, métaux, PVC, bétons et composites.


1. La physico-chimie de la formation du film

Le passage de l'état liquide à l'état solide (la filmification) n'est pas un simple séchage par évaporation, mais un processus complexe qui varie selon la nature du liant :

  • La Coalescence (Phases aqueuses) : Pour les peintures acryliques, les particules de résine en suspension dans l'eau se rapprochent lors de l'évaporation jusqu'à fusionner entre elles pour former un film continu.
  • La Polymérisation (Phases solvantées) : Les résines alkydes (glycéros) réagissent avec l'oxygène de l'air pour créer des liaisons chimiques complexes, augmentant la densité et la dureté du film.
  • La Réticulation (Bi-composants) : Dans le cas des époxys ou polyuréthanes, une réaction chimique entre une base et un durcisseur crée un réseau tridimensionnel ultra-résistant.

Un facteur clé est la Température Minimale de Formation de Film (TMFF) : en dessous d'un certain seuil (souvent 5°C), les particules ne fusionnent pas correctement, rendant le film fragile, poudreux ou sujet au décollement.


2. Les 3 critères de performance d'un filmogène

Pour juger de la qualité technique d'un revêtement filmogène, les experts se basent sur trois indicateurs majeurs :

I. L'Extrait Sec

Il représente la proportion de matière solide qui demeure sur le support après évaporation. Un extrait sec élevé garantit un film plus épais et une meilleure opacité, limitant le nombre de couches nécessaires.

II. Adhérence & Cohésion

L'adhérence définit la liaison entre le film et le support, tandis que la cohésion mesure la force interne du film lui-même. Un film doit être assez souple pour absorber les chocs sans se rompre.

III. La Rhéologie (Tension)

C'est l'aptitude du produit à s'étaler uniformément (le "tendu"). Une bonne rhéologie permet d'éliminer les traces de pinceau ou de rouleau lors du séchage pour un aspect parfaitement lisse.


3. Le paradoxe de la microporosité

C'est l'un des points les plus critiques pour les supports minéraux (béton, enduit) et le bois. Un filmogène trop étanche piège l'humidité résiduelle du support. Sous l'effet de la chaleur, cette humidité se transforme en vapeur, crée une pression et provoque des cloques (phénomène de décollement osmotique).

La solution professionnelle : Opter pour un filmogène microporeux. Sa structure laisse passer la vapeur d'eau (gaz) mais bloque l'eau liquide (pluie). C'est ce qu'on appelle la respiration du support.

Gouttes d'eau perlant sur une peinture filmogène parfaite


4. Analyse du vieillissement et limites techniques

Le principal ennemi du filmogène est le mouvement dimensionnel du support. Sur un bois massif extérieur soumis à de fortes variations hygrométriques, le bois "gonfle" et "dégonfle". Si le film n'est pas assez élastique, il finit par craqueler.

  • Sur Métaux : Le filmogène est idéal car le support est stable. Le risque principal est la corrosion sous-film si l'adhérence est rompue.
  • Sur Bois Gras : Les essences comme le Teck ou l'Ipé contiennent des antioxydants naturels qui peuvent inhiber la réticulation des films, entraînant un décollement prématuré (nécessite un primaire spécifique).
  • Rénovation : Contrairement aux produits d'imprégnation qui s'estompent avec le temps, le filmogène s'écaille. Sa rénovation impose donc systématiquement une action mécanique (ponçage ou décapage) pour recréer une surface d'accroche saine.

5. Guide d'application : Où privilégier le filmogène ?

Peintre appliquant une peinture mate filmogène au rouleau microfibre

Préconisations d'usage ✔️

  • Ouvrages verticaux : Bardages stables, menuiseries, volets, portails.
  • Protection contre l'abrasion : Sols béton, escaliers bois, plans de travail (vernis).
  • Environnements agressifs : Métaux exposés à la pollution ou au sel (systèmes anticorrosion).
  • Supports inertes : PVC, aluminium, composites stabilisés.

Contre-indications majeures ❌

  • Surfaces horizontales extérieures : Terrasses et plages de piscine (stagnation d'eau prolongée).
  • Supports humides : Bois vert ou béton de moins de 28 jours (risque de cloquage).

L'expertise technique

Pour garantir la pérennité d'un système filmogène, la préparation du support est responsable de 80 % du résultat. Un support doit être sec (taux d'humidité inférieur à 18 % pour le bois), propre, dégraissé et sain. L'utilisation d'un primaire d'accrochage adapté est souvent le seul moyen d'assurer l'adhérence chimique indispensable à la durabilité du film.

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